à lire dans le blog de Clémentine Autain...

Publié le par ronan kerrest

Elections européennes : tous ensemble… divisés

Il s’agit de mon édito à paraître dans le numéro de mars de Regards. Bonne lecture ! 

Face à une droite qui continue de déployer sa politique néolibérale et son contrôle social, les mobilisations donnent du souffle. Ca craque de partout, la colère s’affirme, le slogan « rêve général » se colle dans les manifestions. Ne boudons pas notre plaisir de voir s’épanouir le temps de la révolte qui imprègne des secteurs et des territoires très divers de la société française. Le débouché de ces luttes, c’est d’abord de gagner. Obtenir très concrètement des avancées en termes d’augmentation des revenus et des protections sociales, telle est l’urgence. Pas question pour autant d’en oublier l’alternative politique. Les crises économiques, écologiques, sociales et démocratiques radicalisent les esprits et obligent les tenants d’une gauche de transformation sociale à innover, à être en phase avec les exigences qui s’expriment, à se mettre en situation de constituer une réponse – et non seulement un écho à la contestation.

La prochaine échéance électorale est européenne. On pourrait se dire : « ça tombe bien, nous avons un acquis dans la gauche radicale, c’est la bataille du « non » au Traité Constitutionnel Européen et le scrutin de listes est favorable à l’union des forces aujourd’hui éclatées ». Les convergences programmatiques et stratégiques ne posent pas de difficultés. Sur le fond, quelles différences substantielles opposent le PCF, le Parti de Gauche, le NPA et les mouvances de la Fédération ? Aucune. Leurs acteurs ont fait tréteaux communs en 2005 et défendent, pour l’essentiel, des propositions similaires. Des bases de contenu sérieuses pour des listes communes défendant une Europe sociale, féministe et écologique existent. L’impossibilité à faire cause commune trouverait-elle davantage de motifs dans des stratégies différentes ? Que nenni. La cogestion de l’Union Européenne entre le Parti populaire européen et des démocrates européens (PPE-ED), la droite, d’une part, et le Parti socialiste européen (PSE) rassemblant les socialistes, les travaillistes et les sociaux-démocrates, d’autre part, est une triste réalité, malheureusement appelée à perdurer. Les potentiels eurodéputés de l’autre gauche seraient nécessairement dans l’opposition au Parlement européen. Il n’y a aucun risque d’accord avec les sociaux-démocrates – exigence notamment portée par le NPA qui se trouve là satisfaite sans ambiguïté. En effet, une gauche digne de ce nom ne saurait soutenir une majorité qui accompagne un système dans lequel la pauvreté de tous est mise au service du luxe de quelques-uns et d’un grand gaspillage d’énergies et de richesses.

Et pourtant… L’absurde est désormais à portée de main. La division qui se prépare pourrait conduire à ce qu’aucun député ou presque ne représentent au Parlement européen les Français qui combattent la construction néolibérale de l’Union et qui ont voté « non » au TCE en 2005. Le NPA multiplie les préventions, la direction du PCF semble vouloir faire le tri entre les partenaires potentiels. Bref ! Au moment où se rédige cet édito, la messe semble dite : il n’y aura pas de front large de la gauche de gauche, le seul qui aurait permis de gagner en crédibilité et lisibilité pour travailler, à l’échelle européenne, à la convergence des mobilisations sociales et des dynamiques politiques alternatives. Ceci dit, l’heure du dépôt des listes n’a pas encore sonné, des réunions nationales entre les parties sont prévues dans les semaines qui viennent, des voix unitaires sont encore bien décidées à se faire entendre. Et, comme on dit, un miracle est si vite arrivé…

Clémentine Autain

Publié dans Actualité

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